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Category Archives: Jeu

Depuis trois ans, mes classes de 4ème  parcourent la Révolution et l’Empire à travers un jeu (assez connu) « J’ai vécu la Révolution… » et un blog (c’est là que réside la modeste innovation).

Vous pouvez parcourir ici ce que cela donne avec des 4èmes au collège Malraux de Granville :

  • version 2009 et ses imperfections
  • version 2010 avec son lot d’innovations (préAO en lignes, questions à commenter …) et toujours ses imperfections !
  • version 2011 … l’ultime (en raison des nouveaux programmes)

Origine de « J’ai vécu la Révolution et l’Empire »

Pendant plusieurs années, l’académie de Caen a mis en place des stages sur l’utilisation du jeu en cours d’histoire-géographie et éducation civique, au sein du réseau Ludus. Parmi les productions ludo-pédagogiques figure le désormais célèbrissime « J’ai vécu la révolution ». Les élèves construisent un personnage en 1789 et traversent la révolution en le faisant réagir aux événements qui parsèment les 25 années suivantes.

Cette démarche originale et stimulante n’en répond pas moins aux exigences des programmes de 4ème en histoire. Elle permet en plus d’être en prise directe avec la recherche historique telle qu’elle se pratique  en plaçant l’évènement, l’individu et sa sensibilité au centre d’une meilleure compréhension de la période révolutionnaire. Sur ce sujet, on pourra notamment consulter un article de A. de Baëcque sur l’historiographie de la Terreur paru dans les Annales en 2002  et l’excellent numéro de la documentation photographique que Jean-Clément Martin a consacré à la Révolution en 2006.

Ma démarche

J’ai commencé à utiliser ce jeu dans ma démarche pédagogique depuis 5 ans. Au fil du temps, j’y ai apporté quelques modifications jusqu’à lui faire prendre sa forme actuelle … qui n’est probablement qu’une étape car d’autres points restent perfectibles.

1° Les personnages : j’ai souhaité que les personnages aient plus de consistance qu’une simple opinion. Aussi ai-je intégré une fiche « Mon personnage en 1789″ et une fiche « Mon testament » pour dresser le bilan de la révolution.

2° Les événements : pour présenter les événements, j’ai élaboré des preAO (au format Open office) qui permettent de fixer d’une part les grandes évolutions de la période, de cibler d’autre part un document ou une thématique précise de la période

J’ai aussi choisi d’intégrer à la trame événementielle les répercussions et les échos de la révolution en Europe.

3° le travail des élèves : les élèves ont du mal à considérer qu’ils font un cours s’ils n’ont pas écrit un résumé sur le cahier. C’est pourtant ce qu’ils font ici : ils suivent en classe la preAO, puis ils cochent des cases … Scandaleux ! Moi non plus, cela ne me convenait pas trop car les élèves me semblaient trop passifs et, vu la longueur du travail (environ 5 semaines), la mémorisation de la période me semblait très difficile. J’ai donc opté pour plusieurs solutions au fil du temps :

  • les premières années, les élèves me tenaient un « journal intime » quotidien dans lequel ils racontaient les événements et l’évolution de leur personnage. Passionnant et aux résultats détonants : je me souviens d’un curé réfractaire … à deux doigts de la guillotine. Mais c’était un travail énorme pour les élèves. On voyait un effritement au fil du temps. De plus chacun restait dans son coin avec son journal, j’en étais le seul destinataire.
  • Depuis deux ans, je suis passé à un système de lettres entre leurs personnages. C’est plus réactif : je fais le facteur en début d’heure et on se lit le courrier. Cela a permis d’assouplir le travail d’écriture des élèves et ainsi de les faire travailler à d’autres exercices (questions sur doc., biographie …) pour avoir une réception et une appropriation plus dynamique et interactive des preAO. Dans ce domaine, la forme du blog s’inscrit dans la continuité du système épistolaire.
  • J’évolue au fil des difficultés et de mes insatisfactions. Ainsi, au cours du travail, pour éviter la lassitude et parce que la forme de lettre rapportant des événements sur plusieurs mois est difficile à mettre en place, j’ai opté pour demander à chaque élèves de me rapporter un événement précis (exemple : « tu es soldat, tu as participé au siège de Granville, raconte … »; « tu as reçu la légion d’honneur : raconte … »).
  • Cette année, j’ai aussi décidé de tenir mon personnage « Maître Peigné », un peu Enragé sur les bords. L’innovation majeure réside dans les questions à commenter qui induisent beaucoup de réactivité de la part des élèves et permet d’aborder, même si cela reste une approche superficielle et un brin provocatrice des questions transversales comme celle des femmes au cours de la révolution.
  • Je me dis que pour susciter plus de réactivité, l’an prochain, je ferai peut-être des élèves les membres d’une équipe de rédaction aux opinions variées. Pourquoi pas en lien avec la semaine de la presse ? Des projets en perspective.

C’est sérieux : on évalue

1° Au fur et à mesure de leur travail. J’organise deux devoirs sur table, de type QCM et analyse d’un document, portant sur les objectifs clairement définis pour chaque période (voir articles « ce qu’il faut retenir).

2° En fin de période : je récupère leur dossier (les questionnaires). Ont-ils été cohérents ? C’est la consigne donnée au départ : prendre position en fonction de leur opinion de départ. C’est peut-être là que le bas blesse, car on sait que les opinions peuvent évoluer. Aussi ai-je prévu depuis l’an passé une possibilité de reformuler leur opinion en cours de période (après la TERREUR … généralement quelques républicains se tempèrent alors !)

3° J’évalue leurs lettres ou articles suivant plusieurs critères :

  • les événements sont bien expliqués
  • le personnage s’inscrit dans les évènements (ressenti, action …)
  • la forme prise par la lettre : style et orthographe / documents extérieurs (iconographie …) …
  • avec le blog, d’autres critères vont pouvoir être intégrés : maîtrise de l’environnement du blog (titre, catégories, insertion de documents …) / commentaires spontanés (et pertinents !)

Un blog, un plus pour  le B2i

Il doit y avoir une propension à rechercher la polémique en cumulant le jeu en classe et le blog. Pourtant, ce choix est très sérieux : il participe à l’acquisition de compétences B2i chez les collégiens. On est loin du skyblog !

Ainsi, ce sont surtout des compétences liés au domaines 2 « adopter une attitude responsable » et au domaine 3 « communiquer, échanger ». Pour certains, c’est aussi l’une des premières fois qu’ils utilisent une messagerie électronique. Ils sont aussi confrontés à des barrières de langue (l’interface wordpress est en français … mais pas partout).

Une démarche qui participe à l’évaluation du socle commun

En 2011, j’ai intégré des items du socle commun dans l’évaluation du blog et des QCM, ainsi que la possibilité pour les élèves de faire le point sur l’avancée de leur travail.

wuerfel-0002.gif from 123gifs.euIl était une fois des stages académiques où de grands enfants, devenus professeurs d’histoire-géographie, se retrouvaient et jouaient, jouaient, jouaient … parce qu’ils avaient découvert que par le jeu, on pouvait aussi apprendre. Ils aimaient tellement jouer que tous les ans, pour les plus mordus, ils s’enfermaient pendant trois jours dans un établissement scolaire et, là, ils inventaient de nouveaux jeux pour pouvoir jouer, jouer, jouer. C’était le bon temps du réseau ludus au sein de l’académie de Caen.

J’ai eu le plaisir de participer au dernier stage de création (depuis le réseau semble un peu en sommeil … comme dans tous les contes me direz-vous ! même s’il se réveille par un blog qui fait la part belle au jeu en ligne). Nous étions partis d’un jeu, « Non merci Saint-Nicolas », proposé par une association belge d’éco-consommateurs, « Vêtements propres ». Dans ce jeu, les enfants sont des ouvrières du jouet d’un pays d’Asie, et au fur et à mesure des étapes et par leur collaboration, elles améliorent leurs conditions de travail et obtiennent des droits. Mais gare au risque de délocalisation !

Nous avons repris le concept du jeu en le transposant à la question de la décolonisation. Les élèves représentent un pays colonisés et au fur et à mesure du jeu, ils vont vers l’indépendance. Mais gare à la guerre d’indépendance qui menace !

Quelle est la logique de ce jeu ? S’ils veulent devenir indépendants, les élèves doivent coopérer entre eux et négocier l’obtention de droits avec leur métropole (droits de vote, droit d’être représentés à l’assemblée … ainsi de suite jusqu’au droit à l’autodétermination). Grosso modo, c’est le modèle d’indépendance de l’Afrique noire française qui est ici défini comme modèle pour le jeu, sans jugement de valeur. S’ils ne coopèrent pas entre eux et avec la métropole ou s’ils réclament trop rapidement le droit à l’auto-détermination, les actions restent isolées, clandestines et ils suscitent la colère de la métropole : c’est la guerre d’indépendance qui se profile. C’est (très schématiquement dit, je le conçois) le point de départ de la crise indochinoise à la fin de la seconde guerre mondiale ou la situation algérienne en 1954.

Je travaille en trois temps à partir de ce jeu, sur la question de la décolonisation en 3ème.

  1. le jeu : il vaut mieux prévoir 1h30 à 2h de jeu … le temps d’expliquer les règles. Leur travail consiste juste à relever les événements qui leur arrivent au hasard des cases en distinguant les événements positifs et négatifs. Le matériel du jeu ainsi que les règles sont disponibles sur le site du réseau ludus.
  2. la biographie : en fonction des classes, je leur donne la bio du « père de l’indépendance » qu’ils ont joué ou je leur demande de la faire. Dans les deux cas, ils effectuent une recherche sur différents critères (origine sociale et ethnique / formation intellectuelle / rôle dans le mouvement indépendantiste / rôle après l’indépendance). Cette année, ils on fait les deux, sur deux pays différents, moyen de le impliquer davantage dans la correction et d’avoir des exemples comparatifs.
  3. la mise en commun (« le cours ») autour de trois axes. D’abord, on « croise » les biographies : cela permet de comprendre que la décolonisation semblait inéluctable après 1945 vu les élites autochtones, le contexte de guerre froide … etc. Puis on reprend les pays retenus (Inde, Indochine, Tunisie, Sénégal, Algérie), et l’on voit les « variations » autour du modèle d’indépendance pacifique. Enfin, on dresse le bilan de la décolonisation. PréAO du cours.