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Bien qu’il me reste quelques années de mouvements inter-académiques à languir, j’ai choisi de franchir notre Rubicon local, le Couesnon, pour faire travailler des élèves de 4ème sur la Révolte du Papier Timbré de 1675. Elle est plus connue en Basse-Bretagne sous le qualificatif de Révolte des Bonnets Rouges (seul les rares ignorants de la langue de Glenmor auront eu besoin de la traduction …).

Historiographie

Le grand spécialiste du siècle d’Or de la Bratgne, Alain Croix, a réalisé en 1997 un documentaire sur cette révolte : « Bonnets rouges, une révolte rurale en Bretagne (1675) », que l’on peut voir ici et sur le site Canal-U.

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Tout récemment (en mars 2012), une conférence de Gauthier Aubert donnée sur le campus de Saint-Brieuc faisait un point sur les révoltes bretonnes de 1675. À écouter sur la web radio européenne de l’Université de Bretagne http://wikiradio.ueb.eu/broadcast/3911_Les_revoltes_bretonnes_de_1675

Quand j’étais jeune étudiant sur les bords de l’Erdre et de la Loire, j’avais eu le plaisir de travailler sur le sujet. Belle occasion de se plonger dans une historiographie souvent partisane. L’aristocratique Arthur Le Moyne de la Borderie qui y voyait la lutte d’une province pour préserver ses privilèges côtoyait le très soviétique Boris Porchnev pour qui les Bonnets Rouges avaient quasiment tracé le chemin aux Bolchéviks (les deux auteurs sont réunis dans un même ouvrage chez 10/18). Plus tard, Yves Garlan et Claudes Nières avaient travaillé sur les codes paysans dans les années 70 dans une approche teintée de régionalisme et de socialisme (on trouvera un compte-rendu de lecture de la réédition de 2004 par Alain Hugon sur le site des Clionautes … mais attention : c’est un Normand !). Quelque soient leurs inclinations, ces auteurs plaçaient la révolte du Papier Timbré comme une ultime révolte anti-fiscale que la monarchie absolue triomphante allait étouffer. L’article de Wikipedia sur le sujet est empreint de cette historiographie assez datée.

L’enquête menée par Jean Nicolas, La rébellion française : mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789 (Paris, 2002), permet au contraire de resituer les événements de 1675 dans leur dimension locale et sociale autant que politique. On en trouvera ici un très bon compte-rendu par Guy Lemarchand dans les Annales historiques de la révolution française.

C’est d’ailleurs pour cela que je me suis intéressé à la révolte du Papier Timbré. Je l’ai choisi comme point de départ pour appréhender la société française d’Ancien Régime. Rechercher la dimension sociétale d’une révolte anti-fiscale permet de découvrir une société en mouvement, une société où les individus se rencontrent, où les communautarismes et les particularismes s’entre-mêlent et s’entre-choquent.

Travail en classe

J’ai repris la chronologie des événements et quelques situations importantes d’une « révolte sans tête » (les « Torreben » sont-ils passés par là ?). Mes objectifs sont pluriels :

1° Aborder avec eux l’idée de privilèges, mais de façon réelle et concrète. Tous les Bretons sont privilégiés par leur régime fiscal vis-à-vis des provinces voisines. Certaines villes le sont encore davantage (Nantes, sans troupes royales) et les nobles tout particulièrement. Les corps de l’ancien régime ne se limitent pas aux 3 ordres tels qu’ils sont définis par Charles Loyseau.

2° Nuancer la pratique du pouvoir absolu du roi. Prenons une logique d’adolescent : si le roi contrôle « tous » les pouvoirs, le peuple ne devrait pas se révolter ; si le roi parvient à mater la révolte sans pitié, c’est bien qu’il tient le pays entre ses mains. Pourtant, rien n’est moins simple. On a un roi absolu dans sa pratique du pouvoir (la façon dont il déborde les États de Bretagne en témoigne), mais qui doit user de diplomatie pour que ce pouvoir lui soit reconnu : on voit bien le duc de Chaulnes à Nantes qui avale des couleuvres face aux insurgés et fait le tampon entre les insurgés et la politique royale ; il en va de même lorsque l’amnistie arrive dès 1676 pour les révoltés. Si les élèves pouvaient ressortir du cours en ayant compris ce que « ménager la chèvre et le chou » veut dire, ce serait gagné …

3° Constater que la révolte n’est pas uniquement question de « classe » : une société, ce sont des gens qui vivent ensemble malgré leurs différences. Le trait est grossier, mais, avec la liste des exclus de l’amnistie, on peut leur montrer que du côté des insurgés on trouve des bourgeois, quelques curés, un ou deux gentilhommes (« prétendus », les enquêtes de noblesse ont fait le reste) et le petit peuple. C’est nécessaire pour leur faire comprendre que leurs intérêts parfois convergent (à moins que ce ne soit leur goût pour la maraude …). Peut-être que grâce à cela, je verrai moins sur les copies de « paysans qui attaquent la Bastille » en 1789 !

Évaluation

Lors de l’évaluation, je laisse les élèves se dépatouiller avec une autre révolte antifiscale sous le règne de Louis XIV, la Révolte du Roure en 1670 dans le Vivarais … preuve s’il en est en 2013 que les Bretons n’ont pas le monopôle de la contestation !

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