Skip navigation


Concilier l’actualité, les réalités des adolescents et le programme, c’est le rêve de tout enseignant. Quand en plus, on frôle le B2i, on n’est pas loin de l’extase. Alors, on dit « merci qui ? » : « merci HADOPI ! ».

Le projet de loi contre le téléchargement illégal a été l’occasion de mêler plusieurs questionnements avec des élèves de 4ème en éducation civique sur le thème des libertés et des droits, et indirectement sur celui des médias.

L’intérêt est multiple :

  1. Il permet de mettre en relation libertés de l’internaute et droits d’auteur, de montrer comment l’un interfère sur l’autre
  2. Il interroge sur la question de l’évolution des droits : le droit d’auteur est-il rendu obsolète par les nouvelles technologies ? Le droit à la culture, voire le droit à internet, sont-ils des droits nouveaux ?
  3. Il questionne aussi les élèves sur les processus de construction de la loi (même si cela n’intervient qu’en 3ème dans les programmes).

Je vous présente les étapes de ce travail qui a été assez empirique.

1er temps (1h) : « le piratage, c’est du vol »

Tout le monde a vu cette vidéo au début des DVD. C’est la version française d’une vidéo réalisée en 2004 par la Motion Picture Association of America (MPAA), une association  qui défend les intérêts de l’industrie cinématographique états-unienne (ils en sont tous : Paramount, Sony, Twentieth Century Fox, Universal, Walt Disney,Warner Bros).

Avec les élèves, on la décortique : c’est l’occasion d’analyser la composition d’un message vidéo à caractère informatif.

  1. nature de la vidéo (bien identifier le commanditaire, les producteurs)
  2. organisation de la vidéo : parties, façon dont c’est filmé, le choix de la bande-son, la graduation dans le spot
  3. réaction des élèves : jugent-ils ce spot efficace ou non ? Il est intéressant de constater que l’argument du vol ne les sensibilisent pas

2ème temps (2h) : Piratage et droits d’auteur

Je me suis vite rendu compte qu’il y avait deux écueils techniques dans la réflexion

Premier écueil : « Qu’est-ce que le piratage ? ». Tous les élèves ne sont pas des « pirates ». Paradoxalement, le message leur a tellement été rebattu que, dès qu’ils écoutent de la musique sur internet ou qu’ils téléchargent un logiciel, qu’importe l’origine, ils ont l’impression d’entrer dans l’illégalité. Je leur ai donc fait une démonstration, en jouant les ingénus.

notions : téléchargement / streaming / peer-to-peer / logiciel libre

  1. Ai-je le droit d’installer un logiciel de peer-to-peer ? On fait l’expérience en tapant « e-mule » sur un moteur de recherche. Je choisis de passer par le site http://www.01net.com. C’est l’occasion d’expliquer ce qu’est un logiciel libre.
  2. Je l’installe. J’aime ce moment où je joue les « ravis de la crèche », quand j’entreprends de lire tout le contrat d’utilisation. Les élèves s’énervent : « cliquez sur accepter, Monsieur ; personne ne lit ça ». Je leur explique l’importance : c’est ce qui dit ce qu’ils peuvent faire ou non, mais c’est si compliqué. Je cède (volontairement).
  3. E-mule est installé et là, je me lâche et j’avoue ma passion pour AC/DC (regards éberlués). Personnellement, je n’ai jamais téléchargé et, pour le coup, je suis un vrai novice en la matière. Qu’à cela ne tienne, je peux ainsi valoriser les compétences de mes élèves qui me guident dans une recherche ! Et là, les milles et une merveilles du peer-to-peer m’apparaissent. Il ne reste plus qu’à cliquer sur l’une d’elles pour qu’elle soit mienne.
  4. P2P… et puis rien. J’arrête là la démonstration (quelle frustration) et leur construit un petit schéma de ce que l’on vient de faire et de ce qui se joue lors d’un téléchargement.  schéma animé version .odp

Second écueil : « c’est quoi le droit d’auteur ? ». Pour expliquer cette notion internationalement reconnue, j’utilise une BD péruvienne. C’est moche, mais ça a le mérite d’être simple et d’émaner de l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle).

3ème temps (1h) : Comment concilier les droits et les libertés de chacun (bilan) ?synthese_droit-auteur

On essaie de faire un bilan des envies de chacun des protagonistes de la chaîne de la création artistique (artistes, producteurs, diffuseurs, auditeurs-spectateurs) et de tenter d’établir les règles qui peuvent permettre à chacun d’utiliser ses libertés tout en respectant les droits des autres.

Voici le schéma auquel nous avons abouti et qui me semble correspondre aux enjeux du questionnement sur les libertés et les droits.

4ème temps (1h30) : d’autres libertés et d’autres droits

Comme on a passé déjà pas mal de temps sur la question du téléchargement et du droit d’auteur et qu’ils ont bien cogité quant aux enjeux de leurs pratiques, je termine la séquence sur les libertés et les droits par des mots-croisés réalisés avec hot potatoes.

Ils les font en salle informatique (ça leur prend moins d’une demi-heure); cela leur permet d’identifier les pricipales libertés et les principaux droits.

Puis nous les corrigeons en introduisant les notions de droits-libertés / droits-crances ; libertés individuelles / libertés collectives.

5ème temps : évaluation

En fait, pour le moment, il n’a guère été question d’HADOPI dans cette séquence. Aurais-je menti pour faire mousser les moteurs de recherche ?

Pas tout à fait, le projet de loi sur le téléchargement a fait l’objet de l’évaluation :

  1. J’ai utilisé le site « j’aime les artistes » mis en place par le ministère de la culture … c’est aujourd’hui impossible : il a tant été attaqué que la ministre l’a fermé en mars ! Mais le clip de la campagne reste disponible. C’était ainsi le moyen de réinvestir l’analyse du langage d’un spot vidéo à caractère préventif.
  2. Ils avaient aussi des extraits d’un article du JDD (faut pas trop en demander) pour identifier les arguments des partisans et des opposants à la loi.

Bien sûr, on n’a pas vu toutes les dimensions du sujet. Mais cela m’a réconcilié avec une partie du programme d’éducation civique que je passais très vite à la trappe dans son unique dimension historique.

Publicités

One Comment

  1. Bonjour, journaliste pour Education Magazine, je vous contact car je suis en train de rédiger un article sur les conséquences de la loi « création et internet  » pour les parents, les enseignants et les établissements scolaires. J’aimerai citer votre billet ci-dessus qui représente à mes yeux une initiative originale pour aborder plusieurs notions reliées à « Hadopi ». N’hésitez pas à me contacter par email.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :