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Comment concilier rap, géopolitique et aménagement du territoire ? *

C’est la question incongrue que je me suis posé au mois de juin, lorsque je suis tombé sur un article d’Hérodote (2007), « Langue et nation en France », rédigé par Barbara Loyer, disciple d’Yves Lacoste. Cet article m’a interpelé car il montre la dimension territoriale du rap : ce courant musical est l’un des acteurs de l’identité des territoires dits « de banlieues » (le mot est commode, mais pose problème) qui se sont souvent forgés par opposition à la Nation. Et puis passer du rap en classe, c’est toujours bon pour sa cote de popularité !

Mes objectifs se situaient dans le cadre du cours de 4ème sur l’aménagement du territoire. 1°) identifier un territoire à aménager (le rap définit la « banlieue » par ses problèmes) ; 2°) appréhender les difficultés des politiques d’aménagement, au travers les plans banlieues qui se succèdent sans succès.

Durée de la séance : 2h /

Rap, banlieues et aménagements (documents distribués)

1er temps : une idée fausse, banlieue et cités

Afin d’éviter toute confusion sur les termes, j’ai pris 10 minutes pour rappeler avec les élèves la diversité de la banlieue. Ce que le rap définit comme banlieue, ce n’est que « la cité », le « quartier ». Par un survol de Saint-Denis avec Google Earth, on a pu identifier cette diversité des espaces de banlieue

2ème temps : « la banlieue » des rappeurs, un territoire identitaire

C’est là qu’intervient le rap. À partir de 3 groupes de rap, j’ai cherché à leur montrer que les rappeurs identifient leur banlieue en deux dimensions : 1°) par les problèmes et/ou les valeurs qu’ils s’attribuent; 2°) par rapport, et très souvent par opposition, à la France. Mais il est nécessaire de nuancer ces relations à soi-même et aux autres qui s’exprime en fonction de l’identité des rappeurs, de leurs parcours, de leur réussite …

Les 3 chansons utilisées (suivant les textes analysés par Barbara Loyer) : Sniper, Brûle (2006) / Fonky Family, Dans la légende (2008) / Disiz la Peste, Jeune de Banlieue (2006). Le premier caractérise le conflit ; le second marque le fossé d’incompréhension qui semble se creuser entre la France et ses banlieues ; le troisième (celui qui a « le mieux réussi ») démontre au contraire une fierté et une forme d’intégration à la nation.

J’ai donné aux élèves une partie des paroles (certaines sont assez crues et, sans être dupe, je ne voyais pas l’intérêt de les mettre sur papier) avec pour seule consigne de relever sur chaque chanson comment les rappeurs voyaient leur banlieue, comment ils voyaient la France et comment ils pensent que la France les regarde. La plupart des élèves s’investissent dans ce travail.

Puis on a construit un petit schéma pour chaque chanson où l’on positionnait la banlieue (rond), la France (carré) en les définissant et par un symbole reliant l’un l’autre. Le premier, je l’ai fait pour être clair. Le second, on l’a fait ensemble et le 3ème, ils ont essayé de le faire. L’activité de schématisation demande un bon niveau d’abstraction, mais les bons élèves ont bien cerné. Pour le second schéma, un élève (sollicité je le reconnais) a proposé d’éloigner la France de la banlieue et, pour le troisième, un élève a spontanément placé le rond (banlieue) dans le carré (France).

schémas et trace-écrite de l’activité 2

3ème temps : les politiques de banlieue

On replace sur un schéma les difficultés ressenties par les habitants de ces banlieues (ce que les chansons en disent). Puis, à travers un article dressant un premier bilan du « plan espoir banlieue », annoncé en 2008 par fadela Amara, on cherche à voir sur quels domaines agissent les acteurs de l’aménagement (logement, éducation, emploi …) et qui ils sont.

La définition préalable de la banlieue comme territoire identitaire permet alors de s’apercevoir que l’un des échecs de ces politiques (le « busing », qui consiste à emmener les enfants des quartiers défavorisés hors de leur carte scolaire) s’explique peut-être par le fait qu’il ne respecte pas la fierté identitaire de ces quartiers.

schéma des politiques de banlieue

Concluons par un mot d’élève : « Monsieur, c’est mieux que de faire de la géographie, ça ! ». Au moins pour une fois, il n’aura pas trop souffert !

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2 Comments

  1. Bravo pour ton blog et en particulier pour cet article. C’est bien vu
    et çà peut chémar comme dirait
    Grand Corps Malade.

  2. Bonjour,
    Collègue en histoire-géo comme vous, je m’occupe de la partie son de la revue des clionautes « le labo ». Bimestrielle, cette revue propose des approches pédagogiques thématiques autour des Tice et de l’enseignement de l’histoire et de la géographie.

    Très intéressé par vos articles sur ce theme

    https://leprofdhistoiregeo.wordpress.com/2009/07/19/les-trente-glorieuses-en-chansons/

    https://leprofdhistoiregeo.wordpress.com/2009/07/20/le-rap-ca-demenage-ou-ca-amenage/

    Je me demandais si vous souhaiteriez contribuer à notre revue en ligne, un peu comme vous le faites vous même, sur vos pratiques en classe à partir de chansons ou documents sonores.

    Si cela vous tente, n’hésitez pas à me contacter.

    Cordialement

    Bertrand Quennoy


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